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« Les jours fragiles » de Philippe Besson

Editions Julliard 18 €

Mourir un peu


« Les nuées s'amassaient sur la haute mer faite d'une éternité de chaudes larmes » (Arthur Rimbaud)

Qu'Arthur Rimbaud inspire Philippe Besson n'a rien d'étonnant. A fleur de peau, tissé de douleurs, toujours partant pour mourir un peu, caché sous l'étrangeté des mots qui sourdent de sa fontaine intérieure, en perpétuelle tentative de se vacciner contre l'insoutenable, tel est le Besson qui se cache sous Isabelle Rimbaud.

Empruntant la douleur de la soeur d'Arthur, cette nonne laïque et subliminale aux limites de la bienséance ardennaise, Philippe Besson regarde la sienne avec un filtre élégant et déchiqueté. Parfois, elle l'aveugle, il vient de gratter son âme à vif, un souvenir prêté à Isabelle lui arrache un cri...Pour tenter de rejoindre l'universel, la mère des mers de larmes, il nous livre encore une fois le récit de l'arrachement d'un frère, par le menu, et la beauté des mots de la douleur s'accroît au contact du souvenir du poète. Cette fois, la nature reprend ses droits et les mots se posent dans son écrin, qu'il soit rouge, aveuglant, sauvage à Harare ou gris, bas, boueux à Charleville-Mézières. Le voisinage de « l'homme aux semelles de vent » magnifie et sacralise la prose de philippe Besson , l'enrichit au passage.

C'est un lamento, un beau lamento bien écrit, un travail de recherche sans doute important, un vrai talent , mais un lamento. Evitez d'en faire cadeau à un malade ou un déprimé.

Le Besson nouveau est arrivé, à temps pour les prix, et gageons que les honneurs sauront le consoler cinq minutes.


Annie DAVID



REPRODUCTION INTERDITE

ARTICLE PARU DANS LA CHARENTE LIBRE DU 4 SEPTEMBRE 2004