HOME PAGE











« Elsinfor » de Pierre-Henri Simon

Editeur : Le Croît Vif 15 €

Lire aussi même auteur, même éditeur : « Celle qui est née un dimanche » 12 €



Cognac, ton univers impitoyable...



« A cinquante – deux ans, Jaënk Elsinfor découvrait la passion. » Elle est juive Allemande, la belle et jeune Sarah dont le patron de la grande Maison de Cognac Elsinfor tombe éperdument amoureux. Malgré une belle harmonie de surface, cela fleure bon la mésalliance dans ce milieu ou le sabre et le goupillon font la loi en filigrane. Mais nous ne sommes qu'en 1935, le pire est à venir. La culture du Cognac est un art, la culture du Cognaçais une figure imposée. Bridge, catéchisme et commérages occupent les dames, dans cette paroisse où lire Saint -Exupéry et Malraux vaut au moins trois Pater et deux Ave.

C'est un roman rétro que nous propose « le Croît Vif » pour les vacances. Un Dallas absolument Charentais où le whisky est transformé en Cognac et où le ranch de tous les affrontements est une solide et vaste maison du nom de « Pigeon-Vole » . Mais au-delà du charme discret et désuet de la vie des bourgeois, le propos de l'auteur, Pierre-Henri Simon est de démontrer les ravages sociaux de cette bienséance . Il n'a de cesse de prouver combien l'usage de la religion catholique dévoyée a pu servir les desseins de cette classe sociale « supérieure ». Le livre date de 1956, et l'Académicien Français P.-H. Simon (1903-1972), professeur de littérature à l'Université de Fribourg, critique littéraire au Monde, et auteur d'un manifeste contre la torture en pleine guerre d'Algérie était juste un humaniste. Il se réclamait du personnalisme de Mounier, un mouvement qui prône le respect de la personne humaine , même en politique. Vaste programme. Reste, en tous cas, un livre magnifiquement écrit, une ambiance surannée (hum, rien n'a beaucoup changé, en fait !), un rêve de Charente à déguster au coin du climatiseur en réchauffant dans ses mains un peu de ce liquide ambré que Sue Ellen n'aurait pas renié. Un Cognac.



Annie DAVID






Reproduction Interdite sauf autorisation

CRITIQUE parue dans le journal « La Charente Libre » du 26 juin 2004