Bernard FAUCONNIER, fils d'Henri...



Trente ans après la mort d'Henri Fauconnier, natif de Barbezieux et Prix Goncourt 1930, son fils Bernard évoque sa vie exotique  et leurs relations houleuses.

Bernard  Fauconnier est un homme à la vie bien remplie : chercheur en microbiologie pionnier de l'Interféron, patron de la Fac de Médecine de Rennes,  aujourd'hui en retraite devenu écrivain , il pourrait s'estimer heureux. Mais l'enfant en tout homme sommeille, et à l'âge des bilans, il a décidé de dire tout l'amour qu'il porte à son défunt père, et aussi de lui adresser avec liberté et franchise, moultes interrogations et même reproches . C'est que fils de Goncourt, ce n'est pas le Pérou, ni même la Malaisie.

CL -  Vous avez réglé vos comptes avec "La Fascinante existence d'Henri Fauconnier" ?

B. Fauconnier : Oui et non, je lui témoigne mon admiration, je suis le gardien du Souvenir de mon père, celui qui l'a assisté jusqu'au bout, qui a recueilli son dernier soupir. Je l'aime, mais j'ai eu besoin de lui poser quelques questions sur des points particuliers . C'est entre lui et moi.

CL - Votre livre est un roman d'aventures coloniales coloré, qui part de Barbezieux en 1870, de la construction du Clos Musset , demeure familiale. Vous avez travaillé sur quelles bases documentaires ?

B.F. -Les récits de mon père, de ses connaissances, de la documentation familiale. Il m'a livré des secrets de jeunesse , y compris sur sa vie intime d'étudiant à Bordeaux , ce qu'il n'avait jamais confié à mes frères et soeurs .

CL - Vous abordez dans ce livre la sexualité de votre père, et force est de constater que la femme n'y a pas le beau rôle !

B.F. - En effet, initié par sa logeuse Bordelaise, marié à 38 ans sur l'insistance de mes soeurs à une de leurs amies, mon père se serait satisfait de ses relations avec la belle indienne Palaniaï qu'il avait faite acheter à cet usage. Mais la guerre de 14-18 a poussé mes parents au mariage. Mes parents faisaient chambre à part, et se réunissaient pour procréer !

CL - C'est une éducation typique des jeunes hommes de la bourgeoisie de l'époque, voués à la conquête coloniale. Comment traitait-il ses esclaves ?

B.F. - Il les appelait ses coolies. Il était très humain pour l'époque, il les aimait, vous savez! Il les payait honorablement même si c'était peu, il partageait leurs repas, et ceux-ci ne travaillaient pas en son absence.

La Malaisie était sous domination anglaise, et l'éducation s'y faisait à la badine.

CL - Education que vous avez goûtée, vous ses fils, plus tard , en Tunisie ?

B. F. - Oui, notre père nous considérait en quelque sorte comme des petits chiots. Notre éducation ne le concernait pas, et le plus grand reproche que j'ai à lui faire, c'est de ne pas s'être intéressé à mes vélléités littéraires ou pianistiques, de m'avoir même méprisé au moment où il aurait dû m'encourager. On s'est rapprochés par la suite, mais le souvenir reste .

CL - Vous avez quelles relations avec la Charente ?

B.F. - J'ai ramené mon père en Charente aussi longtemps que j'ai pu, voir son Musset , malgré la maladie qui le rendait difficile.

CL - Il était l'ami de Jacques Chardonne ?

B.F. - Oui, ils se sont beaucoup disputés quand Jacques Boutelleau -devenu Chardonne, a préféré l'ennemi en 39, allant à Weimar , rencontrant Goebbels. mais l'amitié était présente, et Chardonne a été gracié. Mon père avait une relation amoureuse épistolaire avec une admiratrice résistante dont nous n'eûmes plus aucune nouvelle après la guerre. Il sut résister aux sirènes de l'admiration allemande pour les artistes.

Cl - Et l'opium ?

B. F. - Comme beaucoup de coloniaux, mon père se méfiait de ce piège, il  aimait à en goûter mais n'en abusa jamais.

CL - Votre père croyait en la métempsychose ?

B. F. - Oui, il s'était fait sa propre religion à partir de la croyance asiatique.

CL - Alors en quoi s'est-il réincarné ?

B. F. - Pas en brin d'herbe, mais en homme ! Je suis sûr qu'il s'est réincarné en homme, il avait tant de talent, c'était un homme admirable.


Et le professeur de microbiologie, redevenu enfant, est reparti rattraper le temps perdu : il lui fallait écrire.


Propos recueillis par Annie DAVID

"La Fascinante existence d'Henri fauconnier" Prix Goncourt 1930 pour "Malaisie"

Editions G.D. à Saint Malo , 20,40 euros




HOME

PAGE


Page suivante