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                                           Pavloff


Le nouveau Pavloff


« Le monstre est tapi en nous tout autant que dans le charnier des révolutions, la bête immonde c'est notre visage de tous les jours dans le miroir  de la salle de bains »…Voilà qui devrait plaire aux pessimistes avérés qui dirigent le monde.

Volgaï, Simon, Niki, Lisia échangent leurs angoisses de pauvres hères à quelques dizaines de mètres au-dessus du sol, dans le ventre incongru et menaçant  d'un château d'eau. C'est un huis-clos théâtral  qui nous est proposé, un déballage et une rencontre improbable, des mots qui ne seront jamais ceux de la folie ordinaire, de la barbarie ordinaire. Il n'en  sortira rien qu'un verbiage , qu'un jeu  que l'auteur qualifie de jeu d'échecs. Rien de ce qui se passe dans ce château d'eau n'est vraisemblable : ni le langage, ni la douleur…

Franck Pavloff écrivit en 1998 un opuscule qui se vendit en 2002 à 232 000 exemplaires : le célèbre « Matin Brun », qui traite de manière originale et saisissante du racisme , en imaginant qu'un matin ne sont plus autorisés au monde que les bruns, chats bruns puis chiens, puis journalistes puis vous si vous n'êtes pas né de la bonne couleur. Au lendemain du 21 avril, ces onze petites pages ont fait un malheur. Psychologue spécialisé dans les droits de l'enfant et grand voyageur, Pavloff est auteur jeunesse, poète, de théâtre et de roman. Va-t-il dorénavant se spécialiser  ? Devenir le peintre obsédé du glissement du quidam vers la barbarie ? Ce serait à mon sens dangereux, si j'en juge par son dernier ouvrage « Haute est la Tour »…

C'était bien essayé, mais on ne peut pas faire mouche a tous les coups.


Annie DAVID


Haute est la Tour  de Franck Pavloff  Editions Albin Michel  10 euros



Péju


C'est une histoire de solitudes qui se rencontrent dramatiquement, Une histoire de mots dits, entendus, non-dits, attendus, vendus à regret, caressés, envolés dans le vent de la Chartreuse. Entre un libraire grenoblois - VOLLARD- qui a choisi les livres pour vivre et une petite fille qui croise violemment son chemin s'établit une relation étrange. De l'amour, sans doute, celui qui leur a manqué à tous les deux, de l'amour de mots envolés de livres, de ceux qu'un père peut susurrer à l'oreille de sa petite fille endormie pour qu'elle les rêve et  les retrouve au réveil. La petite Eva est dans le coma, sa maman est loin, elle aussi est portée par le vent. Comment cette petite muette au pays des neiges et du silence pourrait-elle apaiser le trouble existentiel du libraire ? Il va puiser dans la nature proche  le souffle vital dont il voudrait emplir ses mots, et revient vite lui parler, sans s'arrêter…Séjourner dans le silence d'un monastère sert surtout à rassembler ses forces pour affronter la vie. Vollard, lui, semble laisser la sienne dans cet hôpital alpin.

Fils d'un libraire Lyonnais, Pierre PEJU aime les bouquins. La librairie de VOLLARD s'appelle le « Verbe Etre », pour dire d'emblée de quoi VOLLARD et PEJU vivent.

Ce livre se lit d'un trait, et vous laisse étrange. Une fin inattendue, mais est-ce une fin ? Je me suis ouverte de ces réflexions à Pierre PEJU. Il a promis d'écrire une suite , au grand dam de Coline, son éditrice chez GALLIMARD. En effet, ce livre va être adapté au cinéma par le réalisateur des « Blessures Assassines » (c'est un scoop !). Pierre PEJU envisage donc d'écrire une suite à faible tirage… Affaire à suivre.


LA PETITE CHARTREUSE

De Pierre PEJU -Ed. GALLIMARD « Haute Enfance » 14,90 euros

Elu LIVRE INTER 2003



Picouly

D'amour et d'épée


J'ai passé une partie de la nuit avec le Chevalier de Saint-George. Oh, n'y voyez pas de mal, surtout. C'est un chevalier de papier, mais Ô combien passionnant que Daniel Picouly nous envoie , avec armes et larmes en cette fin d'année. "La  treizième mort du chevalier" fera un beau film. Sophie Marceau et Alain Delon devraient flairer là une bonne occasion de retour sur la toile. Mais qui pourrait interpréter notre héros mulâtre dévoré d'un feu intérieur ?

Le Chevalier de Saint-George , en cette année 1799 à Paris, découvre à la fois deux feux qui vont achever de le consumer: la maladie, et l'amour. Ce n'est que le début d'une quête , la dernière . "Lhomme vit douze morts, la treizième est l'oubli" et pour oublier, Saint-George devra littéralement vider son sac. Appelé au chevet de Beaumarchais mourant, il se verra confier un mystérieux écritoire, convoîté par un homme masqué surgissant de l'ombre. La pensée du chevalier est chaque fois brouillée par l'image de la jeune Jeanne, fille de son ami et protecteur Nicolas, et grande bretteuse devant l'éternel.Tout comme l'ambigu Chevalier d'Eon , que Saint-George se vit contraint de laisser gagner un duel quelques années plus tôt, pour raisons politiques…

De l'action, de l'amour, de la couleur et de la douleur dans les rues de Paris , c'est un thriller historique. Dans un style flamboyant, après un travail de documentation monumental et la patte d'une imagination sans faille, Picouly nous fait un joli cadeau de fin d'année.


Annie DAVID


"La Treizième Mort du Chevalier" de Daniel PICOULY

Editions GRASSET   20 euros .