L'homme , encore !


Et voici, Mesdames et messieurs, le Prix Strega 2002 - le Goncourt Italien - qui va déferler en tête de gondole , vendu comme un chef d'œuvre : "Ecoute - moi".

L'auteur, Margaret Mazzantini, est née à Dublin d'un père Italien et d'une mère Irlandaise. Epouse de l'acteur Sergio Castellito, elle va voir son livre, déjà vendu à un million d'exemplaires et traduit dans quinze langues, porté à l'écran . Le héros sera incarné par son mari , qui brûlera de passion pour Pénélope Cruz. Bella vita!

Je l'avoue, je suis partagée quant à ce livre. C'est un tour de force que de tenter de se glisser dans la peau d'un homme qui trompe sa femme. Timoteo, chirurgien comblé, c'est un héros de littérature de  gare. Timoteo, lâche violeur, père absent, c'est un héros moderne (hélas). Timoteo amoureux, qui perd un enfant , qui souffre et se déchire , c'est un monument, il faut bien l'avouer. Avec une tendresse toute féminine, un sens du détail qui tue, Mazzantini restitue beaucoup de ces instants terribles ou merveilleux, ou les deux à la fois qui font les drames familiaux.

Oui, la description de la vie dorée des bourgeois italiens face au sordide imaginé des banlieues m'exaspère, oui la morale de cette histoire est qu'il n'y a pas de morale, oui le thème de l'infidélité est vendeur, oui mais. Margaret Mazzantini a du talent. Elle vous emmène où elle veut.Tout ce que je lui souhaite, c'est de ne pas se laisser prendre par l'air du temps, de plonger dans la vraie Italie profonde, d'employer son don à magnifier la vérité. Sinon, autant écrire pour Harlequin. La roche Tarpéienne est proche du Capitole. J'attends donc son prochain roman, avec impatience.


Annie DAVID


"Ecoute-moi" de Margaret Mazzantini

Editions Robert Laffont , 21 euros

   


BOUTEILLES  A LA MER

Partir de rien pour arriver à rien, de sa tête de pochetron dans la glace du bar, à la même en noir et blanc 250 pages plus loin…Entre temps nous aurons fait le tour du monde de Pierre MEROT, dans une autofiction  qui fleure la déglingue et les éclairs de lucidité hurlante. Aïe !…

« L'Oncle » -c'est ainsi qu'il se nomme pour prendre de la distance avec son objet d'étude, lui-même- l'Oncle est marginal. Faute de trouver l'Amour , d'en prouver l'existence ,il étudie le monde avec une minutie d'éthologue (sans « n »). Poète, philosophe, marrant dans toute l'horreur de sa lucidité, MEROT est un sacré spécimen. Ce livre est dur , attention ! Il casse allègrement tous les mythes fondateurs de l'Espérance.

« Ah, était-ce le pays rêvé, d'alcooliques établis et de l'incompétence raffinée ? »  Il jubile en découvrant la Pologne avec sa femme. Las, ils n'auront pas d'enfant, qu'un chat  et des monceaux de bouteilles vides.. Qu'il évoque le boulot, l'édition , la famille,les femmes, l'école (on a du mal à croire qu'il est prof !) , on rit et on grince des dents à la fois.

« L'humanité préfère le fouet à la caresse (…) Si vous caressez , il faut toujours garder le fouet dans l'autre main »

Si vous n'aimez pas MEROT, vous serez obligé d'en parler : ce livre est une horreur, une horreur talentueuse. Ne pas laisser traîner dans des mains innocentes.


Annie DAVID


MAMMIFERES de Pierre MEROT

Ed. FLAMMARION  18 euros


                         Hubert Mingarelli, enfin, le délicat , le sauvage, le profond dans sa simplicité, observateur de l'intime déchirure qui met dans chacun de ses livres un peu sans doute de ses tourments personnel. A Mingarelli le Prix Médicis, et c'est justice. La phrase est courte et dépouillée, parlée, aussi utilitaire que poétique. Tout est dans le silence. Cet homme est universel dans sa vision de l'être humain, car l'être humain qui n'a plus rien, qui a froid, qui a peur, peut bien vivre dans les Alpes, à Barbezieux ou à Vladivostok, c'est un enfant. Jouer aux dés, construire des cabanes, rêver au bord de l'étang les soirs de brume, aimer ses copains en rêvant des femmes…C'est une face intime du genre masculin qui apparaît à travers l'errance de ces soldats égarés de l'Armée Rouge dont le prince est un enfant. Je vous le recommande.


Annie DAVID


- Quatre soldats d'Hubert Mingarelli , Prix Médicis 2003

Editions du Seuil , 15 euros

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