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« Doggy Bag » de Philippe Djian Ed. Julliard 19 €



Le Soap Opera de Philippe Djian


Le petit dernier de Philippe Djian se passe en Amérique. Quoi de plus normal ? Cette Amérique-là , pourtant, a un air de carton-pâte. C'est un décor de Soap Opéra, une série à petit budget dont nous abreuve la télé : « Amour, gloire et beauté », « Sunset Beach »...

Dans la riche famille Sollens , dont l'épicentre est le salon où l'on règle ses comptes , la mère est pochetronne, le père absent, les fils ont aussi du fric et un goût prononcé pour la galipette. Normal.

Sauf que ceux-là ne font pas dans le pétrole, mais sont à la tête d'une concession automobile. Les prénoms des personnages (Marc, David, Irène, Victor, Josianne...), sont on ne peut plus français. On y mange des sushis en buvant du vermouth...La représentation de la richesse y est un peu bon marché. Dès que l'on touche aux nuits d'ivresse, la dépravation prend par contre tout son éclat. On y cogne dur.

Etonnant Djian, qui a imaginé se lâcher sur une trame de série Z, comme on s'impose une contrainte littéraire pour mieux s'en détacher. Et c'est ce qu'il fait. Au début, on s'y perd un peu entre tous ces personnages, le style ressemble à une traduction empirique , on va de l'un à l'autre , et puis les personnages prennent de la profondeur devant nous. Ils ont des malheurs , des aléas loufoques excellemment distillés avec un faux détachement , des espoirs fous et des renoncements inattendus. Une femme, deux hommes, une infirmière qui ramasse les miettes. La vie. Et l'exercice de style embarque Djian qui s'amuse dans une oeuvre prométhéenne. « Doggy bag » est le premier tome d'une série .

Une vraie fiction, ça fait du bien. Même et surtout si son origine est parodique.


Annie DAVID


REPRODUCTION INTERDITE

ARTICLE PARU DANS LA CHARENTE LIBRE DU 4 NOVEMBRE 2005